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Professeur Mohamed Tahar Khalfallah : Un grand chirurgien vient de nous quitter

 

La nouvelle vient de tomber comme un couperet, Le Professeur Mohamed Tahar Khalfallah nous a quittés ce 31 mai 2020 après une longue et pénible maladie.

Je n’ai jamais imaginé avoir à écrire ces lignes tant mon ami respirait la vie, l’espoir, tant son contact dégageait des énergies positives.

J’ai connu Tahar en 1981 lors d’une garde à l’hôpital Charles Nicolle depuis je n’ai jamais cessé de l’admirer. J’ai toujours été conscient de l’immense chance que j’avais de travailler avec lui, toujours !

L’artiste, le penseur était doublé d’un travailleur acharné. Il appartenait à la lignée des grands chirurgiens formés à l’école Zouheir Essafi. Toute une philosophie de la médecine tournée vers le service des malades et l’enseignement de notre art.

Humble, jamais satisfait de son travail toujours à la recherche de la perfection il acceptait la critique et en prenait compte. Dans son éternelle blouse blanche et sa cape bleue il pouvait travailler plusieurs jours d’affilée sans jamais exprimer la moindre plainte. Il a passé des années à faire des gardes un jour sur deux et à l’époque les gardes n’étaient pas payées. Nos nuits étaient un marathon entre les urgences et le bloc opératoire, parfois à 4 ou 5 heures du matin il s’allongeait une heure sur un brancard au fond d’un couloir pour récupérer et puis repartait de plus belle.

Tahar était bien plus qu’un brillant praticien, il avait découvert la philosophie assez tôt et avait noué quand il était résident une solide amitié avec Dr Lorand Gaspar. Ils passaient des heures à discuter des grands philosophes et particulièrement de Spinoza. Avec moi notre rendez-vous hebdomadaire était souvent le dimanche matin à l’hôpital après la visite. On passait des heures à parler de la vie de la mort, de religion et des humains…

L’autre qualité de Tahar était son amour de la pédagogie. Un pédagogue né, il me disait, je suis dans la lignée des Chaabanis, enseignants de père en fils. Il était fier d’appartenir à la grande lignée des enseignants de Dar Chaabane.

Dans notre travail pendant plus de deux décennies nous n’avons formé qu’un. Jamais un binôme chirurgien – anesthésiste réanimateur n’a été aussi harmonieux. Nos discussions animées autour de tel ou tel autre cas ou problème étaient quotidiennes, mais à aucun moment elles n’ont été sources de tensions ou de conflits. Nos équipes l’avaient compris et nous avons réalisé à l’hôpital Mongi Slim de belles choses et dans des conditions matérielles pour le moins difficiles. Des dizaines de médecins de grande qualité ont été formés dans ce 2eme étage de cet hôpital. Ils le doivent en grande partie à Tahar. Il m’a rappelé il y a quelques jours au passage d’un SMS « combien on était fous. ».

Plus d’une fois il m’est arrivé de lui confier la défense des intérêts du service d’anesthésie réanimation. Il le faisait bien mieux que moi, il partait la tête la première au ministère de la santé, à la faculté de médecine ou auprès du directeur général de l’hôpital plaider notre cause.

Ceux qui n’ont pas connu le Pr Khalfallah ne peuvent pas comprendre à quel point l’hôpital Mongi Slim, le ministère de la santé, la faculté de médecine de Tunis, toute la médecine tunisienne est inconsolable devant la perte d’un homme de la qualité de Tahar.

Mes pensées vont à Narjess son autre moitié, son poumon, l’amour de sa vie et à Asma et Karim. Les mots ne pourront jamais traduire ce que nous ressentons en ce moment et combien nous partageons votre douleur.

Pour tous ceux qui ont eu la chance de te côtoyer ton exemple sera toujours vivant, c’est celui d’un grand homme et d’un chirurgien hors pair.
Adieu l’ami tu resteras à jamais à jamais dans nos cœurs.

Professeur Mohamed Salah Ben Ammar

Ancien du service d’anesthésie réanimation du CHU Mongi Slim

Source : Leaders

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