وطنية

« La Guerre russo-ukrainienne : Vue de la rive sud de la Méditerranée »

La Tunisie est impactée par la crise ukrainienne .Au-delà des pressions sur les finances publiques et d’une forte hausse des prix des matières premières et énergétiques, le pays doit importer son blé. Le pays  ne peut pas rester indifférent, car il y a des conséquences économiques et politiques…. L’invasion de l’Ukraine par la Russie risque de déstabiliser l’économie mondiale encore en rémission du covid. Quelles seront les conséquences? C’est dans ce cadre que le journal électronique Univers News a organisé, ce lundi 28 mars, son premier grand débat qui a eu pour thème « La Guerre russo-ukrainienne : Vue de la rive sud de la Méditerranée » en présence de plusieurs personnalités de renom à l’instar de Hatem Ben Salem ,  ancien Ministre et ancien Président de l’ITES ;  Radhi Meddeb ,  Président du Centre Financier aux Entrepreneurs ; Rafaâ TABIB, Professeur en Géopolitique et Relations Internationales, Mohamed Hsairi , ancien ambassadeur ; ou encore Nabil SMIDA,  Président de l’ATPG et Ancien PDG de la SNDP-AGIL.

Mustapha Machat, fondateur et DG d’Univers News a déclaré que “univernews entame une nouvelle expérience avec l’organisation de grands débats portant sur les sujets brûlants de l’actualité. « C’est une initiative qui , dit-il prendra la forme d’une tradition assez régulière et chaque fois que l’actualité l’impose, afin d’enrichir le débat sur l’actualité susceptibles d’avoir  dés retombées sur notre pays et sur les pays du monde arabe ainsi que sur ceux du bassin méditerranéen

En effet, les interventions des spécialistes se sont focalisées sur la Guerre en Ukraine et les menaces de Vladimir Poutine qui n’ont pas été prises au sérieux par le monde occidental, pourtant elles étaient claires.  Le coût de la guerre russo-ukrainienne était jugé prohibitif pour qu’on l’imagine possible. Mais, également, ses conséquences sur le monde de demain vont être considérables. La Russie , excédée par une gouvernance mondiale, veut contribuer à l’émergence d’une nouvelle gouvernance globale où elle retrouverait une position plus proche de celle qu’elle avait avant l’effondrement de l’ancienne URSS.  L’Ukraine sortira de cette guerre , fortement ébranlée. Ses infrastructures auront subi des démolitions majeures. Son peuple en souffrira longtemps.”

Vers une nouvelle  phase de repositionnement géopolitique.

Hatem Ben Salem, ancien Ministre et ancien Président de l’ITES  a estimé que « le monde fait face à une phase de repositionnement géopolitique. Cette position des pays du méditerrané doit être raisonnée .Elle ne doit pas être contre la Russie parce que les Russes défendent leurs intérêts nationaux et leur survie stratégique. L’Ukraine  sortira de cette guerre, fortement ébranlée. Ses infrastructures auront subi des démolitions majeures. Son peuple en souffrira longtemps. Il aura perdu des décennies de développement.

« Cette guerre a impacté les pays du Sud de la Méditerranée, une  région qui aurait dû créer un espace de paix et de prospérité mais qui constitue aujourd’hui une zone hautement chrysogène à cause de différents conflits dont le dernier en date . Cette Méditerranée représente 25% des flux maritimes, 30% du transport pétrolier, 65% des flux énergétiques vers l’Europe et un des  trois axes mondiaux de passage des câbles marins. Si la Russie sort indemne de cette guerre, nous aurons un monde multipolaire où chaque pays jouera un rôle essentiel pour l’avenir. En revanche, s’il y’a un État battu, nous allons nous retrouver dans un monde plus unipolaire, présidé par un pays qui s’est désenclavé de la région méditerranée pour aller vers l’Asie et le Pacifique. Nous avons en face des pays faibles, déstabilisés, sans vision, sans concertation préalable avec une organisation des pays arabes très affaiblie et face à des nouvelles alliances qui sont en train de se mettre en place dans le sud méditerranéen. »

Ben Salem explique que la Tunisie, l’Egypte, le Liban, la Syrie,  et l’Algérie  connaîtront des difficultés et risquent de connaître une crise alimentaire  grave et une grande  fragilité . Si ces pays n’anticipent pas, les tensions d’implosion sociale seront énormes. Dans ce contexte morose, les pays du Sud méditerranéen doivent coordonner  leur position. Il est inévitable comme la Tunisie qui vit déjà une crise post covid  de se préparer d’anticiper pour se retrouver dans une situation qui protégera  les besoins vitaux de la population .La Tunisie doit compter sur elle-même . Elle doit savoir que dans les années à venir, même dans la politique européenne de voisinage, elle ne trouve pas de moyens financiers pour son plan de développement. Il faut de véritables réformes intérieures, des stratégies de modernisation nationales .Le pays doit se remettre sérieusement au travail »

La crise ukrainienne, une opportunité pour la Tunisie 

De son côté,  Rafaâ TABIB, Professeur en Géopolitique et Relations Internationales,  a souligné que “le monde est en face d’une genèse  et d’une configuration géopolitique nouvelle. D’où  la nécessité d’une stratégie de repositionnement parce que le monde ne sera plus le même après cette guerre qui peut devenir une réelle opportunité, au détriment du fatalisme. La crise entre la Russie et l’Ukraine pourrait être une opportunité pour la Tunisie .  C’est une chance qui ne peut être revalorisée que si la Tunisie passe à l’action.  La Tunisie devrait saisir cette opportunité. Plusieurs pays se sont préparés à  ce genre de situation. Le monde est en train de changer. Il ne faut pas subir ce genre de guerre. Beaucoup de changements sont en train de se réaliser . Plusieurs pays se posent des questions dont la Tunisie. Quel sera notre avenir  dans une nouvelle configuration géopolitique ?  Que faire ?

  La Tunisie a des atouts et de nouvelles opportunités. La Tunisie n’est pas une ile en Océanie. Elle doit revoir une stratégie d’intégration dans l’aménagement du territoire et  mettre en synergie des forces et des dynamiques sur le terrain.  On doit se préparer soit on devient créatif en dépassant nos propres paradigmes bien installés, ou bien on se fait dépasser par des pays capables de remplacer la Tunisie qui doit impérativement jouer ce rôle stratégiquement. La Tunisie est  le promontoire de l’Afrique et la portière de l’Europe “

L’onde de choc économique de la  guerre interviendra dans 12 à 18 mois.

Il est vrai que les pays du Sud, dont le développement dépend en grande partie des partenariats avec le Nord, risquent de subir une véritable hécatombe économique et financière. La crise ukrainienne s’est invitée dans la proximité de notre quotidien. Elle est devenue une menace sur notre panier alimentaire. Radhi Meddeb ,  Président du Centre Financier aux Entrepreneurs  a souligné que  “le grand importateur du blé sont les pays arabes dont la Tunisie et l’Egypte.L’économie tunisienne est très tributaire du secteur agricole.  L’effet combiné de la hausse des prix du pétrole et des céréales, s’il se maintient, pourrait coûter cher à la Tunisie. Le prix du baril de pétrole a franchi la barre des 110 dollars pour la première fois depuis le mois de juillet de l’année 2014. Le conflit russo-ukrainien et les sanctions qu’il avait engendrées ont accéléré la course folle du prix de l’or noir.. Les cours du pétrole ont dépassé les 120 dollars .D’un autre côté, les autorités tunisiennes avaient estimé le cours du Brent à 75 dollars, tout en incluant un mécanisme d’autorégulation des tarifs du carburant. Le gouvernement fait face à un véritable dilemme financier puisque le prix du baril de pétrole n’était pas passé en dessous des 80 dollars depuis le début de l’année 2022. Ce qui n’a pas manqué de se répercuter sur les prix à la pompe.  La hausse des prix du pétrole a, déjà, poussé le gouvernement tunisien à augmenter les prix du carburant. Les prévisions  inquiètent pour le porte-monnaie des tunisiens. Certains analystes envisagent une flambée jusqu’à 300 dollars du baril, dans les années à venir si l’approvisionnement se complique. .Le prix des engrais a  aussi explosé.  La Tunisie ne profite pas de l’augmentation du prix du phosphate  de 96% alors qu’elle continue de produire 50% de moins qu’en 2021.”

Et d’ajouter “Les prix du blé ont continué leur flambée. De 900 dinars la tonne en 2020 , ils ont passé à 1200 dinars en 2021. Les derniers approvisionnements de la Tunisie en blé se sont faits à base de  1500 dinars la tonne  depuis huit semaines soit 30% d’augmentation . L’Ukraine  fait partie des principaux fournisseurs de la Tunisie en blé. La Tunisie, va devoir rechercher des alternatives en raison des répercussions de la guerre sur cette zone considérée comme étant “le grenier mondial”. Avec ce niveau élevé des cours, l’achat du blé devra peser lourdement sur le budget de l’Etat et, partant, contribuer au creusement du déficit budgétaire. Sur le plan touristique , la Tunisie qui  reçoit 600 mille touristes russes chaque année sera touchée. Les Russes   ne viendront pas cette année  à cause de la guerre. L’onde de choc économique de la  guerre interviendra dans 12 à 18 mois .  Il  affecte quasiment tous les pays à commencer par l’Europe qui, au lieu de reconnaître l’aspect multidimensionnel de cette guerre, se focalise sur son caractère militaire, ce qui va accélérer la course aux armements et renforcer les lobbies militaro-industriels.L’Afrique, mais aussi une partie de l’Asie, découvre également sa dépendance alimentaire vis-à-vis des pays du bassin de la mer noire. Ils subiront les effets de l’augmentation durable des prix des céréales, avec les risques de perturbation durable du commerce international, des difficultés d’approvisionnement de grands pays et des risques de troubles sociaux.”

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